Des points d’attention

Quelques points d’attention, pour accompagner la mise en place d’un premier projet en classe

Controverse et posture de l’enseignant

Amener la controverse en classe c’est changer la posture de l’enseignant et celles des élèves,

C’est sortir de « l’école de la réponse », les réponses étant « les vérités à apprendre » et entrer dans « l’école du problème » où se poser des questions et construire des problèmes est aussi essentiel que d’y répondre (en référence aux travaux de Michel Fabre sur la problématisation)

Pour travailler des controverses, il est important que l’équipe éducative se positionne en équipe de chercheurs pour répondre ensemble aux problématiques qui émergent. Une controverse se présente comme un nœud de questions non résolues, auxquelles on tente de répondre dans un processus ouvert et continu.

Travailler des controverses en classe, c’est pour les enseignants s’engager dans un travail collectif, ce qui implique,

  • De préciser les objectifs disciplinaires, transversaux, spécifiques de chacun.
  • D’utiliser des outils collaboratifs (dossiers partagés, calendrier partagé, documents collaboratifs…)
  • D’avoir un fil rouge pour un tuilage entre les élèves, entre les professeurs (ex : une affiche que l’on complète au fur et à mesure)
  • D’installer les projets en amont (la fin de l’année précédente) pour permettre l’organisation et l’implication des acteurs.

Ce travail est facilité par l’usage d’espaces d’enseignement ouverts de type TPE, EMC, AP où les contraintes de contenus à apprendre sont réduites.

Controverse et climat dans la classe

Travailler une controverse en classe implique de créer un climat propice au débat dans la classe ; un climat ouvert et rassurant dans lequel, il est possible aux élèves de s’exprimer, de partager leur point de vue et de comprendre celui des autres. L’instauration d’un climat de confiance au sein de la classe requiert de bonnes relations entre l’enseignant et la classe. Cela se construit avec le temps, les élèves se sentant progressivement capables de discuter de questions auxquelles ils sont personnellement sensibles.

Certains élèves peuvent avoir l’impression que l’école est un lieu qui leur est hostile, en particulier lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur des valeurs et des opinions personnelles. Cette impression peut se retrouver renforcer si l’élève pense que son point de vue est minoritaire. C’est une des raisons pour lesquelles, il est important de mettre en place, régulièrement,  des routines de partage et de discussion des opinions et de ne pas aborder des sujets controversés uniquement quand ils surgissent dans la classe, lors d’évènement d’actualité forte par exemple.

Instaurer ce climat implique aussi de développer les compétences de communication des élèves et de gestion des émotions.

Controverse et travail en classe

Travailler des controverses en classe, c’est commencer par les construire.

Il est intéressant de partir des élèves, de leurs centres d’intérêt, d’un fait d’actualité lié à une question socialement vive (QSV) qui les touche de façon spécifique pour qu’ils s’approprient le sujet.

Des exemples :

Une accroche : le film la Haine → Une QSV : les violences policières ;

Une accroche : le témoignage de Cédric Herrou → une QSV : la désobéissance civile.

Si l’on est dans un cas d’enseignement lié à un programme, ce choix initial orientera bien entendu la controverse travaillée.

 

Les QSV touchent une diversité d’acteurs qui ont des positionnements différents, lesquels alimentent des controverses et des polémiques.

Ex. : à propos de la violence policière,

Une controverse : « Un policier doit être exemplaire »,

Une polémique « tous les citoyens ne sont pas égaux »

 

La validité-scientificité des arguments impose de conduire un travail documentaire, d’avoir recours aux paroles d’experts. Ces QSV sont complexes : elles nécessitent une approche systémique. Celle-ci peut être facilitée par des outils (construire une carte heuristique des acteurs et de leurs arguments = carte des controverses), par des approches interdisciplinaires, par l’association d’intervenants extérieurs.

La carte heuristique structure les idées et évite une vision binaire (pour ou contre, gentil ou mauvais…)

La place de la production écrite est importante, cependant la dynamique de la controverse, dans sa dimension d’apprentissage du débat démocratique, doit aussi accorder une place importance à l’oral, notamment dans un travail de restitution (scénette, débat parlementaire, …).

Travailler sur une controverse ne vise ni à renforcer son opinion ni à amener un changement d’avis mais vise un étayage de son positionnement, la compréhension que d’autres peuvent penser autrement.

Pour que le travail sur les controverses permette le développement des compétences des élèves il convient

  • D’inscrire le projet dans un temps long : à l’échelle de l’année scolaire, à l’échelle de la scolarité, et de penser une progressivité des apprentissages. Un projet inscrit dans le parcours scolaire de l’élève.
  • De recourir à des itérations pour installer des compétences et prendre appui sur elle, et aller un peu plus loin à chaque fois
  • De programmer des séances suffisamment rapprochées pour leur éviter de perdre le fil, favoriser la continuité
  • De mettre des curseurs dans les choix et les attentes : ne pas être trop exigeant, trop ambitieux d’un coup. Délimiter les points que l’on accompagnera et les attentes vis-à-vis des élèves (quelle part d’autonomie attribuée aux élèves, quel milieu d’apprentissage construit pour cela)

Pour élaborer et conduire le travail avec les élèves, l’enseignant peut prendre appui sur plusieurs repères :

  • S’extraire temporairement du pour/contre,
  • Considérer des interprétations multiples,
  • Déconstruire les informations pour comprendre comment elles sont socialement construites,
  • Accepter la complexité, redouter les réponses mono-causales,
  • Rechercher l’intercompréhension et pour cela questionner ce qui semble « normal » à soi et aux autres.

Ces points d’attention sont le fruit des divers travaux conduits dans le cadre du projet.